Dis-moi combien tu gagnes, je te donnerai ton espérance de vie …

L’espérance de vie est bien plus qu’un simple chiffre statistique ; elle représente un indicateur crucial de la santé et du bien-être d’une population. Cette mesure, souvent utilisée pour évaluer le niveau de développement et de prospérité d’un pays, offre également un aperçu significatif de la qualité de vie et des conditions de santé générales de ses habitants. Cependant, derrière ce nombre se cache une multitude de données et de nuances qui méritent d’être explorées en profondeur.

Comprendre les facteurs qui influent sur l’espérance de vie est essentiel pour aborder les inégalités sociales et économiques qui persistent dans de nombreuses régions du monde. L’une des relations les plus étudiées est celle entre l’espérance de vie et la pauvreté.

Ainsi, cet article se penchera sur les inégalités qui influencent l’espérance de vie en tant qu’indicateur de santé publique et explorera les multiples facettes de cette mesure, en mettant particulièrement l’accent sur son lien avec la pauvreté. En analysant les données et les recherches les plus récentes, nous chercherons à démystifier les complexités de cette relation et à examiner comment les disparités économiques et sociales peuvent affecter la longévité et le bien-être des individus et des communautés.

L’espérance de vie a été utilisée pour justifier le recul du droit à la pension.

L’âge de la pension a reculé progressivement ces dernières années pour différentes raisons mais tout d’abord parce que nous vivons plus vieux. Mais est-ce que c’est juste d’imposer à tout le monde les mêmes règles en matière d’allongement des carrières ? Qu’on soit une femme ou un homme, qu’on soit riche ou pauvre ?

L’ “espérance de vie à la naissance” est de plus en plus grande mais qu’est-ce que cela signifie? Il s’agit du « nombre moyen d’années qu’un nouveau-né peut espérer vivre, si les taux de mortalité actuels restent inchangés dans les années à venir ». Des épidémies comme le coronavirus peuvent en effet fortement et rapidement modifier ces chiffres. 1

On estime que pour une personne née en 2022 en Belgique, son espérance de vie est de 81 ans pour les hommes et de 85 ans pour les femmes.[1] Cependant depuis 2018 on a observé une hausse de 6,8% des personnes de plus de 85 ans.[2]

Une même règle pour tout le monde? Mais on vient déjà de voir qu’il y a une différence entre l’espérance de vie des filles et des garçons. Pas si vite, on vous voit venir… « On va allonger la carrière des femmes puisqu’elles vivent plus longtemps, pas de raison qu’elles ne travaillent pas un plus grand nombre d’années si leur vie s’allonge». On a déjà connu le système inverse puisqu’en Belgique, les femmes pouvaient prendre leur pension plus tôt que les hommes. C’est à partir de 1997 que le gouvernement a commencé à réduire l’écart pour le faire totalement disparaître pour plus d’ “égalité”. Egalité peut être pas, parce qu’on sait que les femmes parviennent généralement moins à des carrières complètes puisqu’elles sont souvent contraintes de faire des pauses carrières quand elles ont des enfants. Ce qui a donc incontestablement des conséquences sur leurs revenus financiers lorsqu’elles sont pensionnées.

Mais comment expliquer que l’espérance de vie des femmes est meilleure ?

La physiologie des femmes est différente de celle des hommes. Elles sont moins susceptibles de développer certaines maladies chroniques. Elles ont généralement une pression artérielle plus faible que les hommes et donc un risque réduit de développer des maladies cardiovasculaires jusqu’à la ménopause. Après les risques sont plus élevés, il s’agit de la première cause de mortalité chez les femmes.

Jusque dans les années 1960 et 1970, elles avaient des comportements plus sains : une alimentation plus équilibrée, elles fumaient et buvaient généralement moins. Elles étaient généralement moins exposées à des conditions pénibles de travail: contraintes physiques, travail de nuit, exposition à des produits nocifs. Elles sont plus fréquemment suivies par un professionnel de santé: suivis médical lié à la contraception, grossesse, ménopause. 2

Cependant, même quand les femmes se sont retrouvées à adopter des comportement jusque-là considérés comme masculins, leur espérance de vie n’a pas drastiquement diminué. Mais ces dernières années, l’espérance de vie a augmenté plus rapidement chez les hommes que chez les femmes. Si on prend les chiffres entre 2000 et 2021, l’espérance de vie n’a augmenté que de 3,1 ans pour les femmes, alors qu’on observe une augmentation de 4,6 ans pour les hommes.3

Le sexe n’est cependant pas le seul facteur qui influence la durée de vie d’une personne. L’espérance de vie n’est également pas la même selon le pays ou la province où l’on réside. Naître au Japon vous permettra théoriquement de vivre jusqu’à 88 ans, soit près de 28 ans de plus que si vous étiez né en République démocratique du Congo. [3] Bien entendu, il s’agit de moyennes certaines personnes meurent jeunes au Japon et d’autres vivent très vieilles au Congo. Pas besoin de faire le tour du monde pour trouver des différences. En effet, l’espérance de vie des personnes qui habitent le Brabant flamand sera de 4,9 ans plus élevée chez les hommes et de 3,3 ans chez les femmes. que pour les personnes qui habitent dans le Hainaut. L’espérance de vie moyenne étant plus faible dans cette dernière province.[4] Qu’est-ce qui explique de telles différences au sein d’un même pays? L’argent? C’est une des explications. Dans les banlieues aisées de la partie néerlandophone du pays, on observe des espérances de vie plus élevées que dans les communes plus pauvres du centre-ville. A l’inverse, on observe une espérance de vie particulièrement faible à Liège, Charleroi, ou encore dans la région de Mons-Borinage.

Cette réalité est observée depuis plus de 30 ans et cela partout dans le monde à des degrés divers. Par exemple, « Dans les années 1980, les hommes blancs aux États-Unis avec un revenu familial inférieur à 10 000 $ avaient une espérance de vie de 6,6 ans inférieure à celle des personnes ayant un revenu supérieur à 25 000 $ »4, un phénomène similaire a été observé aux Pays-Bas, on trouve une différence de 4 ans entre les revenus les plus faibles et les plus élevés. Ces différences se développent en raison des mécanismes sociaux. [5]

Comment expliquer que les personnes socio-économiquement défavorisées vivent moins longtemps ? On sait que les inégalités économiques ont des conséquences sur l’espérance de vie. Il y a une corrélation entre le niveau de richesse et les conditions de vie, comme l’accès à une alimentation saine, à des soins de santé de qualité et à un environnement sain. Se soigner est un luxe que certains ne peuvent se payer. On pense souvent au coût du médecin ou des médicaments mais le simple fait de pouvoir s’absenter pour se soigner n’est pas possible pour une partie de la population. Quand on a un emploi précaire, être en congé maladie peut impliquer de ne pas retrouver son emploi à son retour ce qui dissuade les gens de se soigner.

L’impact de l’alimentation

Les personnes précarisées ont une mauvaise alimentation ? Une telle assertion est un peu prétentieuse. Il y a cependant certains facteurs qui compliquent l’accès à des aliments sains. D’abord le prix de ceux-ci: les aliments riches en énergie ont tendance à coûter moins cher que les aliments riches en nutriments et pauvres en énergie. En gros, la malbouffe coûte moins cher que les légumes et les produits protéinés et quand on dit moins cher, c’est parfois énorme.

Les personnes peuvent également être confrontées à des choix alimentaires limités et peu sains, car les aliments frais et nutritifs peuvent être plus chers et moins accessibles. L’alimentation est un marqueur important des inégalités sociales de santé. 5En effet, les différences de prix entre les aliments favorables et défavorables à la santé peuvent être un obstacle. Selon certaines études, il faut compter 11% de plus pour manger sainement pour un adulte. Il faudrait compter 0,50 euros de plus par personne par jour. 6

Cependant, quand on compare l’achat d’un kilo de burger de poulet à 2,85 euros et du poulet on sera plus sur un poulet entier (donc pas entièrement consommable) sur 4 euros, à cela il faut théoriquement ajouter des légumes et des féculents. La différence de prix joue un rôle important dans le choix de l’alimentation mais il n’est pas le seul élément qui entre en compte. L’habitude, le temps de préparation ont également leur part de responsabilité. [6]

L’impact de l’accès aux soins de santé

L’accès limité aux soins de santé est également un point qui peut justifier les difficultés à se soigner. Les personnes vivant dans des quartiers pauvres peuvent avoir un accès limité aux soins de santé, ce qui peut entraîner un diagnostic tardif et un traitement inadéquat de maladies chroniques. Les coûts de soins de santé peuvent également être un obstacle pour les personnes ayant des revenus faibles ou précaires. Cet élément peut cependant dépendre des communes et n’est pas toujours généralisable.

Au sein des villes, les quartiers les plus pauvres disposent de moins d’ espaces verts, de pistes cyclables, d’installations sportives et encore de magasins d’alimentation bio.

L’impact des facteurs environnementaux

Les quartiers pauvres peuvent être plus exposés à des facteurs environnementaux néfastes pour la santé, tels que la pollution de l’air, le bruit et les produits chimiques toxiques. Ces éléments peuvent augmenter le risque de maladies respiratoires, cardiovasculaires et autres qui peuvent expliquer une espérance de vie plus courte. [7]

Un niveau de stress élevé peut être responsable également d’une vie raccourcie. Les personnes vivant dans des quartiers pauvres peuvent faire face à des niveaux de stress plus élevés en raison de facteurs tels que l’insécurité, la violence, le chômage, la pauvreté et le manque de ressources. Le stress chronique peut également affaiblir le système immunitaire et augmenter le risque de maladies chroniques.

L’impact du niveau d’éducation

Le niveau d’éducation intervient également dans le calcul de l’espérance de vie. Les quartiers pauvres ont souvent un niveau d’éducation plus faible, ce qui peut limiter l’accès aux informations sur la santé, les ressources pour la santé et la compréhension des facteurs qui peuvent affecter leur santé.

Lorsque l’on parle d’espérance de vie, il est également important de prendre en compte l’espérance de vie en bonne santé. Et si l’espérance de vie augmente, ce n’est pas toujours le cas pour l’espérance de vie en bonne santé. On sait que les cadres ont à la fois plus de chances de vivre plus vieux mais aussi en meilleure santé. Ils bénéficient ainsi de retraites beaucoup plus élevées et aussi plus longues que celles des ouvriers par exemple. 7

Conclusion

L’espérance de vie augmente considérablement jusqu’à atteindre un revenu de 2500 euros par mois après ce plateau, on n’observe plus vraiment d’augmentation. [8] Cela montre qu’en dessous d’un certain montant de pauvreté, l’espérance de vie est largement amputée.

Cet article met en lumière à quel point l’espérance de vie est un indicateur profondément lié à la pauvreté, influençant de manière significative la santé et le bien-être des individus. Cette analyse cherche à montrer comment la pauvreté, en conjonction avec d’autres facteurs tels que le genre, l’environnement, l’accès aux soins de santé et le niveau d’éducation, crée des disparités notables dans la durée de vie.

L’influence marquée de la pauvreté sur l’espérance de vie se manifeste à travers plusieurs canaux, notamment l’accès limité à une alimentation saine, des soins de santé de qualité, des environnements favorables, et une exposition accrue à des facteurs environnementaux néfastes. Les personnes en situation de précarité peuvent être confrontées à des choix alimentaires restreints en raison des coûts et de l’accessibilité des aliments nutritifs.

Par ailleurs, les difficultés d’accès aux soins de santé, associées aux coûts élevés, peuvent entraîner des diagnostics tardifs et des traitements inadéquats, affectant ainsi directement la durée de vie. Les quartiers défavorisés présentent également des caractéristiques environnementales qui accroissent le risque de maladies, de même qu’un niveau de stress plus élevé en raison de conditions de vie difficiles.

L’éducation, un autre facteur crucial, est souvent limitée dans les communautés pauvres, entravant l’accès à des informations de santé vitales et compromettant la compréhension des facteurs qui influent sur la santé.

Ainsi, en se concentrant sur l’impact de la pauvreté sur l’espérance de vie, il devient impératif de concevoir des politiques et des initiatives visant à réduire les inégalités socio-économiques. Ces efforts devraient inclure des mesures pour garantir un accès équitable à une alimentation saine, des soins de santé de qualité et des environnements propices à la santé. En agissant sur ces fronts, la société peut aspirer à une amélioration significative de la qualité de vie pour tous, soulignant que l’espérance de vie devrait être un droit équitable et non un privilège déterminé par les conditions socio-économiques.

  1. Information consultées le 8 mai 2023 sur le site https://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=HEALTH_STAT#
  2. Informations consultées le https://www.belgiqueenbonnesante.be/fr/etat-de-sante/esperance-de-vie-et-qualite-de-vie/esperance-de-vie
  3. Espérance de vie et indicateurs de mortalité dans le monde. Données annuelles 2020-2025https://www.insee.fr/fr/statistiques/2383448 informations publiées le 17/01/2020.
  4. L’espérance de vie s’élève à 81,7 ans en Belgique publié le 6 juillet 2023 surhttps://statbel.fgov.be/fr/nouvelles/lesperance-de-vie-seleve-817-ans-en-belgique#:~:text=La%20province%20affichant%20l’esp%C3%A9rance,(82%2C2%20ans).
  5. Espérance de vie selon le sexe et le niveau d’éducation https://www.oecd-ilibrary.org/sites/4b572e34-fr/index.html?itemId=/content/component/4b572e34-fr#:~:text=Dans%20les%20pays%20partenaires%20de,en%20Inde%20(2.5%20ans).
  6. Manger sainement coûte-t-il plus cher? article mis à jour le 08/06/2021http://mangerbouger.be/Manger-sainement-coute-t-il-plus-cher
  7. Impact des espaces verts et bleus sur la morbidité et la mortalité spécifiques en Belgique consulté lehttps://www.sciensano.be/fr/projets/impact-des-espaces-verts-et-bleus-sur-la-morbidite-et-la-mortalite-specifiques-en-belgique, 15 décembre 2014.
  8. Quelles sont les inégalités d’espérance de vie en fonction du revenu ? Publié le 6 octobre 2022 et consulté le ??https://www.inegalites.fr/Quelles-sont-les-inegalites-d-esperance-de-vie-en-fonction-du-revenu#:~:text=Les%20hommes%20les%20plus%20modestes,ann%C3%A9es%20pour%20les%20plus%20riches.
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